Forum Permanent sur les Questions Autochtones
Première Session
Point n°6 de l'Agenda
Révision des activités du système des Nations Unies concernant les Peuples Autochtones : Santé
Déclaration du Comité des Peuples Autochtones par la Commission pour la Santé des Peuples Autochtones
ROY LAIFUNGBAM
"Eikhoigi Ima asi houjikti mawong-maril naidare!
Macha eikhoidi karam toukani"
(Aujourd'hui, notre Mère a fini par devenir une étrangère à nos yeux, Nous, ses enfants!
Comment allons-nous finir, Nous, ses enfants!)
Cette plainte des Metei, peuple de pêcheurs du Loktak à Manipur, en Inde retentit et est écoutée aujourd'hui par tous les peuples et toutes les nations autochtones du monde entier.
Frère Chairperson, Frères et Sœurs, chers amis,
Puisque nous nous trouvons en cette occasion ici, à l'assemblée des Nations Unies, pour participer au dialogue sur les questions concernant les Peuples Autochtones, nous nourrissons l'espoir de voir réalisées nos aspirations et nos visions et implorons les esprits des anciens et de nos ancêtres de nous accorder leur bénédiction, la lumière de leur prudence, de leur inspiration et de leurs conseils en ces moments où nous assumons notre lourde responsabilité envers les générations de demain. Notre ancienne sagesse nous a également enseigné à traiter les affaires avec mesure, à faire preuve d'un esprit de discernement, de modération et, plus que tout, de créativité, c'est-à-dire d'ajouter quelque chose d'appréciable et de durable dans notre aptitude en tant qu'administrateurs. C'est en ces points que réside l'essence de cette intervention ici, devant cette assemblée : apporter notre contribution au royaume des idées afin que quelque chose de valable puisse être ajouté pendant cette génération.
Le bon état physique, mental et spirituel ainsi que la santé de la collectivité et de notre Terre constitue un objectif commun et exigeant qui lie tous les Peuples Autochtones ensemble. Je crois qu'Ingrid Washinawatok, "Flying Eagle" ("Aigle en plein vol") a bien exprimé cette opinion lors de la session du Groupe de Travail sur les Populations Autochtones en 1997. La Terre est notre Mère, nous a-t-elle rappelé. "Nos responsabilités envers la Terre, a-t-elle dit, nous définissent comme Peuples Autochtones." En prenant appui sur ces deux piliers de la pensée propre aux Peuples Autochtones, le Comité des Peuples Autochtones a créé un organisme spécial au cours de la même année –la Commission sur la Santé des Peuples Autochtones – qui veillera continuellement à la santé des Peuples Autochtones du monde. Nous recommandons plus particulièrement les points suivants :
Garantir la représentation et la participation des Peuples Autochtones dans le développement et la planification se rapportant aux questions, aux politiques et aux initiatives liées à la santé
Évaluer l'impact général sur la santé des Peuples Autochtones causé par la dégradation de l'environnement, la violation des droits et les déplacements de populations forcés.
Instituer une interface cohérente pour traiter avec les agences internationales et intergouvernementales et pour garantir la transmission de l'information dans le plus large rayon possible parmi les Peuples Autochtones, les gouvernements nationaux et autres centre d'intérêts.
C'est en gardant à l'esprit cette responsabilité et en accomplissant le mandat confié à cet organisme par le Comité des Peuples Autochtones que, au nom de la Commission sur la Santé des Peuples Autochtones, je vous félicite, vous, ainsi que chaque membre de ce Forum alors que nous nous lançons dans une entreprise audacieuse et déterminée. Je profite aussi de cette occasion pour déclarer avec vigueur que nous sommes ici pour vous soutenir et nous nous engageons à faire la route avec vous jusqu'au bout.
Cette déclaration ne constitue pas un résumé du dossier contenant les instructions que nous avons déjà soumises aux membres de ce Forum pour leur information (à disposition dans E/CN.19/2002/BP.2). Le document mentionné sera disponible pour chacun dans cette salle de conférence et je souhaite remercier Monsieur Julian Burger et le Secrétariat pour leur aimable soutien. Malheureusement, nous n'avons pas été en mesure de fournir les versions de ce dossier d'instructions passablement long dans chaque langue mais je souhaiterais remercier le Centre de Documentations pour les Peuples Autochtones (D.O.C.I.P.) pour l'aide précieuse apportée à l'heure d'effectuer la traduction vers l'espagnol.
Et maintenant, venons en à l'importante question de la santé
Le thème particulier de l'agenda est celui de la santé. C'est l'une des problématiques très importantes et déclarées explicitement dans le mandat de ce Forum. Il s'avérerait futile, dans le temps précieux et limité qui nous est imparti, d'entrer dans les détails de la vaste constellation des problèmes spécifiques et des inquiétudes propres aux Peuples Autochtones et à la santé de ceux-ci. Notre priorité est de définir aussi vite que possible une perspective et une démarche par rapport à ce point de sorte à nous donner la possibilité de travailler tous ensemble de manière constructive en une association étroite et cohérente.
Nous avons quatre recommandations générales et quatre points particuliers critiques avec des recommandations que nous voudrions aborder pendant notre brève intervention.
Recommandations générales:
Premièrement, la perspective globale sur la santé des Peuples Autochtones dans ses dimensions physiques, sociales, mentales, émotionnelles et spirituelles telles que nous les comprenons et vivons, doit être considérée très sérieusement et affirmée comme base par ce Forum pour définir une approche cette problématique. Les mesures pour garantir la santé des Peuples Autochtones doivent par conséquent être vues comme une question collective et "holistique" qui implique tous les membres des communautés autochtones ainsi que la terre, l'eau et l'air, la faune et la flore. Cette perspective fondamentale doit être tenue en compte dans toutes les délibérations, les débats, la recherche et la transmission d'informations, les conclusions et les recommandations qui auront été faites dans le cadre de ce Forum.
Deuxièmement, vers la fin de la Décade Internationale sur les Peuples Autochtones du Monde, nous constatons avec une profonde inquiétude que quelques uns des objectifs clés de la Décade n'ont pas encore été atteints. Nous nous référons plus particulièrement à la Déclaration sur les Droits des Peuples Autochtones, qui a suscité une opposition considérable de la part de certains États membres des Nations Unies malgré l'appel fait par l'Assemblée Générale. Un autre objectif spécifique qui a fait très peu de progrès en dépit de tous nos efforts depuis la Commission est la nécessité d'un plan d'action global au sujet de la Santé des Peuples Autochtones. Nous demandons que ce Forum n'économise ni ses énergies ni ses efforts pour faciliter l'adoption réussie de la Déclaration au cours de la Décade. Dans le but de garantir davantage le résultat plein de succès des défis en formulant un plan global pour la Santé des Peuples Autochtones, nous recommandons également que cet imposant Forum fasse un appel marqué pour une deuxième Décade Internationale sur les Peuples Autochtones du Monde pour avoir la garantie que les Peuples et les Nations Autochtones, à la fin de 2004, ne retournent pas à un état d'abandon et aussi pour laisser bien clair nous ne pouvons pas être réduits à des dossiers qui doivent être traités mais que nous sommes des personnes et que nous formons des peuples.
Troisièmement, nous voudrions porter à votre attention la plus récente résolution 2002/31 de la Commission sur les Droits qui établit un Rapporteur Spécial sur "Le droit de chacun à jouir du plus haut niveau de santé atteignable tant physique que mental". Nous rappelons également à ce Forum la résolution de la Commission 1993/30 de mars 1993 qui demande à tous les rapporteurs thématiques, aux représentants spéciaux, aux experts indépendants et aux groupes de travail d'accorder une attention toute particulière aux Peuples Autochtones pendant la durée de leur mandat spécifique. D'ailleurs, nous sommes heureux que le Rapporteur Spécial sur les droits de l'Homme et les libertés fondamentales des Peuples Autochtones ait accepté sa tâche et s'y soit consacré avec l'application requise, qu'il ait également proposé un plan d'action pour son futur action. Nous recommandons que ce Forum soit notamment attentif aux mécanismes spécialisés dans le cadre des Nations Unies qui dans leur totalité sont tenus durant leurs mandats de s'occuper tout particulièrement de la situation des Peuples Autochtones. Le Forum devrait inviter tous ces mécanismes à mettre à prendre leurs responsabilités le plus sérieusement et avec la plus grande application.
De plus nous invitons tous les experts de ce Forum à se joindre à nous et à nous soutenir mutuellement à propos de chacune des recommandations qui sera soumise à l'E.C.O.S.O.C. (Conseil Économique et Social). Sans cela, Monsieur le Président, je crois qu'il ne nous sera pas possible de poursuivre en espérant avoir un quelconque impact.
Recommandations particulières
Comme un début constructif possible, nous voyons de manière positive la création d'un Groupe Inter-Agence de Soutien (I.S.G.), qui eut lieu plus tôt dans l'année et qui est mandaté pour soutenir les objectifs du Forum Permanent en facilitant la coordination entre les différentes agences des Nations Unies. Malgré cela, il y a des aspects critiques du I.S.G. qui doivent être considérés. Le I.S.G., en tant que réponse institutionnelle de la part des organismes spécialisés et les agences de Nations Unies à ce Forum récemment créée a besoin de toute évidence de se développer rapidement et de se transformer en une alliance novatrice et institutionnelle qui soit à la fois recevable et qui ne soit pas indifférente aux besoins des Peuples Autochtones ni au mandat de ce Forum. Aussi, nous remarquons que l'actuel I.S.G. ne bénéficie pas de la participation de l'U.N.A.I.D.S. ni du Fonds Global pour la Lutte contre le S.I.D.A., la Tuberculose et la Malaria (G.F.A.T.M.), deux initiatives qui ont un grand rôle à jouer dans les questions sur la Santé des Peuples Autochtones.
Les agences spécialisées elles-mêmes contribueraient à un tel Forum en lançant des projets concernant les Peuples Autochtones dans le secteur où elles sont compétentes. De plus, puisque quelques agences et organismes des Nations Unies n'ont pas, en ce moment, d'objectifs clairement désignés qui se rapportent particulièrement aux problèmes spécifiques des Peuples Autochtones, le I.S.G., en collaboration avec le Forum Permanent, devrait faciliter l'établissement de sujets concernant les Peuples Autochtones ou bien la création de groupe dans le cadre de chaque agence ou organisme des Nations Unies.
Je tiens à souligner qu'il s'agit d'une une contribution importante, beaucoup plus proche d'une association marquante, que le Forum Permanent puisse faire à la future direction des agences spécialisées et des organismes des Nations Unies. Nous nous envisageons un mécanisme par lequel ces institutions disparates non seulement travaillent dans le cadre de leurs mandats respectifs mais aussi adoptent une démarche plus holistique et reliée aux problèmes du monde. Les Peuples Autochtones sont au clair que les problématiques entrecroisées, comme cela a été suggéré dans le dossier que le I.S.G. a soumis à ce Forum (E/CN.19/2002/2), des questions telles que "instructions générales ou coopération technique" ne font que mettre la charrue devant les bœufs. Tout débat concernant les stratégies et les aspects techniques de thèmes spécifiques doivent être précédés par une discussion consciencieuse et une révision dans une collaboration étroite et valable avec les Peuples Autochtones ainsi qu'avec leurs organisations, des thèmes et des liens mêmes.
Par conséquent, nous proposons que ce Forum demande à ce que le Groupe Inter-Agence de Soutien (I.S.G.) soit en tout premier lieu créé en tant qu'institution formelle en cours dans le cadre des Nations Unies et ensuite, qu'il implique la totale participation de tous les organismes et agences spécialisées du système des Nations Unies en contenant les initiatives globales innovatrices telles que le G.F.A.T.M (Fonds Global pour la Lutte contre le S.I.D.A., la Tuberculose et la Malaria / le Paludisme). Il pourrait être nécessaire pour les Nations Unies et ces agences spécialisées de revoir leurs finances et leur budget actuels et réfléchir à une modalité de financement plus rationalisé et plus adéquat pour chacun où la coordination des activités devienne possible.
Au cours de la dernière Session Spéciale sur l'Enfance de l'Assemblée Générale des Nations Unies, nous avons remarqué le peu d'attention accordée aux enfants des Peuples Autochtones. Par conséquent, le Document qui en a résulté intitulé "Un Monde Convenable pour l'Enfance" ne contient aucune mention substantielle et solide relatives aux besoins des enfants des Peuples Autochtones. Nous faisons notre le commentaire apporté tout récemment par l'une de nos sœurs, membres des Peuples Autochtones: "Qu'elle utilité peut-il y avoir à disposer de toutes les terres et des territoires que nous désirons si nous n'avons pas nos enfants avec nous?" Dû au caractère nébuleux du statut des Peuples Autochtones et de leurs enfants et de la situation critique en termes de santé et de survie, nous recommandons que ce Forum reconnaisse le sort des enfants des Peuples Autochtones comme une problématique importante et qu'elle devienne, dans leur agenda, prioritaire par rapports à toutes les autres. L'organisation des Nations Unies pour les droits de l'Enfance (U.N.I.C.E.F.) doit accorder aux enfants des Peuples Autochtones une attention toute spéciale non seulement en supervisant et en coordonnant l'exécution du programme d'action décidé pendant la Session Spéciale mais aussi en impliquant d'autres agences et des Peuples Autochtones dans un effort concerté satisfaisant et efficace pour aborder les problèmes liés à la situation des enfants des Peuples Autochtones.
Nous exprimons une profonde inquiétude après avoir constaté que l'élan généré par la Première Consultation Internationale sur la Santé des Peuples Autochtones tenue à Genève en 1999 qui a placé les questions de santé des Peuples Autochtones et une collaboration réelle dans l'agenda de l'Organisation Mondiale de la Santé ("WHO") et d'autres agences des Nations Unies ait disparu prématurément. Nous recommandons que ce Forum fasse un effort maximal pour mettre en contact à nouveau l'Organisation Mondiale de la Santé ("WHO") avec les organisations des Peuples Autochtones en tenant compte des excellentes recommandations adoptées lors de la consultation. Ceci pourrait être fait sous la forme d'une consultation ultérieure ou bien par un séminaire technique qui se concentre sur des questions prioritaires, définie de concert avec l'Organisation Mondiale de la Santé ("WHO"), cette Commission et les autres organisations des Peuples Autochtones, telles que les mécanismes d'association efficace et solide, la capacité d'amélioration dans le cadre d'une association ou bien des instructions générales pour la quête de données et de recherche. Le Forum doit fortement faire ressortir le besoin urgent pour le Groupe Consultatif de Santé des Peuples Autochtones dans le cadre de l'Organisation Mondiale de la Santé ("WHO") et demande que cela doive être créé comme il a été recommandé par la consultation avec effet immédiat, avec un mandat précis et un soutien opérationnel.
Et en dernier lieu, M. le Président, nous attirons l'attention de ce Forum sur la question cruciale des femmes des Peuples Autochtones et de la Santé. Les femmes issues des Peuples Autochtones ont parlé avec éloquence et avec une grande force collective; elles continuent maintenant encore à le faire. Il est finalement inutile de renchérir sur l'intensité de leur crainte en ce qui concerne les conséquences insidieuses de la globalisation, de dépouillement et de l'appauvrissement. Ces inquiétudes sont fondées sur les énormes responsabilités envers non seulement leurs familles et les communautés mais envers leurs peuples, leurs nations et envers leur Mère, la Terre adorée par les femmes des Peuples Autochtones. Nous proposons que ce Forum recommande que le Groupe Inter-Agence de Soutien (I.S.G.), récemment créé, convoque de sans délai une rencontre avec les Femmes des Peuples Autochtones sous les auspices communs de l'Office de Haut Commissionnaire pour les Droits de l'Homme et le Fonds des Nations Unies pour le Développement de la Femme (U.N.I.F.E.M.) afin de définir les priorités pour une attention immédiate et pour commencer la tâche urgente d'aborder la santé des Femmes des Peuples Autochtones en tant que Femmes des Peuples Autochtones ainsi que celles-ci la perçoivent et la comprennent.
Merci pour votre très obligeante attention.